Discours du President de l’Assemblée Nationale Dr Dansa KOUROUMA pour la première plénière extraordinaire

Monsieur le Premier Ministre, Chef du
Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les
Membres du Gouvernement, Honorables Députés,
Mesdames et Messieurs les Membres de l’Administration publique,
Mesdames et Messieurs les Membres de l’Administration parlementaire,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
Nous voici réunis pour une séance extraordinaire qui intervient à un moment particulier de la vie de notre jeune Assemblée nationale. Elle intervient au terme d’une première séquence parlementaire, au moment où notre Institution s’apprête à observer une période de vacances, mais surtout à un moment où commence véritablement à se
dessiner le visage de la Première Législature de la Cinquième République. Cette étape ne saurait donc être considérée comme une simple formalité de notre agenda parlementaire. Elle nous invite à regarder le chemin parcouru, à mesurer les exigences de la mission qui nous a été confiée et, surtout, à nous interroger sur l’Assemblée nationale que nous voulons laisser à la République de Guinée.
Car une législature ne se juge pas seulement au nombre de textes adoptés. Elle se juge à la qualité du travail accompli, à la pertinence des lois votées, à la rigueur du contrôle exercé sur l’action publique, à la capacité des représentants du peuple à porter les préoccupations de la Nation et, plus encore, à la confiance qu’ils parviennent à construire entre l’institution parlementaire et les citoyens.

Nous devons, à cet instant précis, nous rappeler une vérité essentielle : nous n’avons pas été élus pour occuper que des sièges; nous avons été élus pour exercer une mission. Une mission exaltante mais exigeante.
En effet, sachant que ces sièges ne sont pas des privilèges. Ils sont en réalité des responsabilités qui pèsent sur nos épaules chaque jour et chaque instant. Ils ne nous appartiennent pas. Ils appartiennent symboliquement au peuple souverain de Guinée qui nous les a confiés.

Derrière chacun de ces sièges, il y a une circonscription, une communauté, une jeunesse qui espère, des hommes et femmes qui comprennent les enjeux et défis de notre société, des agriculteurs qui attendent de nous des résultats concrets, des fonctionnaires qui s’impatientent d’une meilleure qualité de vie, des entrepreneurs qui attendent de nous des lois qui les encadrent, des familles qui aspirent à de meilleures conditions de vie.

Honorables Députés,
La confiance placée en cette Première Législature est considérable. Elle vient d’abord du peuple de Guinée, qui nous a confié une parcelle de sa souveraineté.
Mais cette confiance s’inscrit également dans une dynamique institutionnelle plus large, portée au plus haut niveau de l’état par la volonté de Monsieur le Président de la République, Son Excellence le Général Mamadi Doumbouya, de faire de nos Institutions des instruments solides au service de la transformation de notre pays.

Cette confiance, nous devons la mériter. Et la meilleure manière de la mériter n’est pas de chercher à démontrer que nous sommes individuellement les meilleurs. C’est de démontrer que nous sommes capables de faire fonctionner collectivement une Institution à la hauteur de la République. Car le peuple de Guinée attend de nous une Assemblée nationale forte, intègre, responsable, moderne, utile et porté par une démarche collective.
Il attend de ses représentants qu’ils sachent écouter, comprendre, contrôler, légiférer,
proposer et rendre compte. Il attend de nous moins de posture et davantage de travail ; moins de bruit et davantage de résultats ; moins de personnalisation du débat et davantage de hauteur institutionnelle.

Cette confiance, nous devons la mériter. Et la meilleure manière de la mériter n’est pas de chercher à démontrer que nous sommes individuellement les meilleurs. C’est de démontrer que nous sommes capables de faire fonctionner collectivement une Institution à la hauteur de la République. Car le peuple de Guinée attend de nous une Assemblée nationale forte, intègre, responsable, moderne, utile et porté par une démarche collective.

Notre responsabilité est donc double. Nous devons être dignes de la confiance du peuple. Et, cela exige de chacun de nous une véritable culture parlementaire.
Voilà pourquoi notre mandat ne peut être réduit à la présence dans l’hémicycle. Être député, c’est porter une part de la conscience nationale.
Nous avons devant nous la possibilité historique de construire une Assemblée nationale qui ne soit pas seulement nouvelle par son statut, mais véritablement nouvelle par ses pratiques, son éthique, son professionnalisme et sa relation avec les citoyens.

Honorables Députés,
Notre mandat s’exerce autour de quatre
responsabilités indissociables.
La première est de légiférer. Nous ne sommes pas appelés à produire une inflation normative, mais à élaborer des lois utiles, justes, applicables et adaptées aux réalités de notre pays. Une bonne loi est celle qui résout un problème concret, protège les libertés, favorise le développement et renforce la confiance des citoyens dans l’État.
La deuxième responsabilité est de contrôler l’action du Gouvernement. Ce contrôle n’est ni une défiance systématique ni une complaisance de principe. Il constitue une exigence démocratique destinée à garantir la bonne utilisation des ressources publiques, l’efficacité des politiques publiques et le respect des engagements pris devant la nation.

La troisième responsabilité consiste à évaluer les politiques publiques. Voter une loi ne suffit pas ; encore faut-il s’assurer qu’elle produit les effets attendus. Le Parlement moderne ne mesure pas uniquement son efficacité au nombre de lois adoptées, mais aussi à sa capacité d’apprécier leur impact réel sur la vie des populations et, lorsque cela est nécessaire, de les améliorer.
Enfin, notre quatrième responsabilité est de représenter la Nation tout entière. Si chacun de nous est élu dans une circonscription déterminée, nous devenons, dès notre installation, les représentants de l’ensemble du peuple de Guinée.
Notre devoir est d’écouter toutes les composantes de la Nation, de favoriser le dialogue, de rechercher le consensus chaque fois que possible et de toujours placer l’intérêt supérieur de la République au-dessus des intérêts particuliers.

C’est dans cet esprit que j’entends exercer la responsabilité que vous m’avez confiée. Le
Président de l’Assemblée nationale n’est pas seulement le président des séances plénières. Il est le gardien du Règlement intérieur, le garant de la continuité de l’institution, le protecteur des droits et des prérogatives de chaque député, ainsi que le garant de l’équilibre entre les différents organes de notre Assemblée. Il lui revient d’assurer le bon fonctionnement des commissions permanentes, de veiller à la qualité de notre production législative, de garantir un débat parlementaire serein, contradictoire et
respectueux, et de faire rayonner notre Parlement sur les scènes régionale et internationale.

Nous devrions faire de sorte que chaque projet ou proposition de loi fasse l’objet d’un examen approfondi en commission, d’auditions des acteurs concernés, d’une analyse de ses incidences juridiques, économiques, sociales, financières et environnementales, ainsi que d’une évaluation de son application après son entrée en vigueur. Car une loi ne vaut pas seulement par son adoption ; elle vaut surtout par les changements positifs qu’elle produit dans la vie de nos concitoyens.
Le Président de l’Assemblée n’est pas le chef d’une majorité; il est avant tout l’arbitre des procédures et le garant des droits de tous les députés. Cette conception exigeante de la fonction inspire l’action que je souhaite conduire avec vous, dans un esprit d’impartialité, de dialogue, de responsabilité et de fidélité à la Constitution et au Reglement intérieur.

C’est dans cet esprit que je souhaite que nous abordions cette séance extraordinaire.
Elle porte sur des questions importantes : l’examen et la ratification des ordonnances transmises par le Gouvernement, mais également l’examen et l’adoption du projet de loi d’habilitation autorisant le Président de la République à prendre, par ordonnance, des mesures relevant du domaine de la loi pendant la période des vacances parlementaires, jusqu’au 5 octobre 2026.
À nos collègues qui vivent leur première expérience parlementaire. Je voudrais m’adresser particulièrement à vous. Vous êtes nombreux à découvrir, pour la première fois, les exigences, les codes et les mécanismes du travail parlementaire.
Cette première expérience est une chance. Mais elle constitue également une responsabilité.

Être député ne consiste pas seulement à prendre la parole dans l’hémicycle. Etre député, ce n’est pas seulement voter une loi. Être député, ce n’est pas seulement représenter une circonscription ou porter les préoccupations de ses électeurs.
Être député, c’est avant tout comprendre l’État, maîtriser les institutions, connaître les règles et mesurer la portée de chaque décision prise au nom du peuple.
C’est pourquoi je vous invite à faire de cette période des vacances, un moment d’appropriation en considérant la Constitution comme votre première référence, du Règlement intérieur comme votre guide quotidien et les lois fondamentales comme les fondements de votre action parlementaire.

Maîtriser les procédures législatives, connaître vos prérogatives, mais aussi vos devoirs, est une condition essentielle pour exercer pleinement votre mandat.
Comme le rappelait Edgar Faure, « Les institutions ne valent que par les femmes et les hommes qui les font vivre. »
Faisons donc de notre culture institutionnelle, de notre discipline républicaine et de notre quête permanente d’excellence les véritables marques de cette Première Législature de la Cinquième République.

Honorables Députés,
Les deux textes soumis à notre appréciation
aujourd’hui revêtent une importance particulière dans le fonctionnement régulier de nos Institutions. J’invite donc chacune et chacun d’entre vous à aborder ces travaux avec objectivité, discernement et un attachement constant à l’intérêt supérieur de la Nation, qui doit demeurer la seule boussole de notre action collective.

Au moment d’engager nos travaux, élevons enfin nos pensées vers le Très-Haut. Je prie Dieu, dans Son infinie sagesse, d’éclairer nos consciences, d’inspirer nos délibérations et de guider chacune de nos décisions vers ce qui est juste et bénéfique pour notre Nation.
Qu’il préserve l’esprit de concorde au sein de cette Assemblée, raffermisse notre sens du devoir et nous accorde la lucidité nécessaire pour prendre des décisions conformes aux aspirations profondes du peuple de Guinée. Puisse-t-ll bénir nos travaux, protéger notre pays, consolider la paix, renforcer l’unité nationale et accompagner la Guinée sur le chemin du progrès, de la justice et de prospérité partagée.

Sur ces mots, je déclare ouverts les débats relatifs aux points inscrits à l’ordre du jour de cette séance extraordinaire et invite le Secrétaire parlementaire à bien vouloir procéder à leur présentation, conformément aux dispositions de notre Règlement intérieur.

Je vous remercie.