Benty (SAMOU) : une sous-préfecture à fort potentiel en quête de développement

Isolée mais riche en ressources naturelles et culturelles, la sous-préfecture de Benty, située dans la préfecture de Forécariah, attire de plus en plus l’attention des autorités et des partenaires au développement. Entre mangroves, mémoire historique et espoirs communautaires, Benty incarne les défis et les promesses de la Guinée rurale.

Nichée dans la partie sud-ouest de la préfecture de Forécariah, non loin de la frontière avec la Sierra Leone, Benty est la quatrième entité administrative du territoire. Elle partage ses limites avec les sous-préfectures de Kaback, Farmoriah et Maferinya. Malgré une accessibilité difficile surtout en saison des pluies, Benty possède une richesse naturelle, culturelle et humaine qui mérite d’être mieux valorisée.

Un territoire entre mer, marécages et forêts

Le relief de Benty est essentiellement plat, côtier et ponctué de zones marécageuses. Le paysage est dominé par une dense mangrove qui borde l’océan Atlantique et abrite une biodiversité remarquable. Plusieurs cours d’eau côtiers, influencés par les marées, irriguent la région, qui pourrait aussi être traversée par un bras du fleuve Konkouré.

Son climat tropical humide permet une végétation variée : forêts secondaires, savanes humides, mangroves et plantations agricoles cohabitent dans une nature généreuse.

Une population rurale et diversifiée

D’après le recensement de 2015 (OMS), Benty abrite plus de 3 800 habitants répartis dans environ 640 ménages. L’ensemble est structuré en 11 districts, dont Benty-Centre, Kakoutoulaye, Palatougou, Makaré, N’kompan ou encore M’boro. Les populations, majoritairement rurales, appartiennent aux groupes mandingues, soussous, temnés et quelques autres ethnies minoritaires. Outre le français, on y parle mandegni, soussou et kriol, une langue largement influencée par la proximité frontalière avec la Sierra Leone.

Agriculture, pêche, élevage : une économie de subsistance

L’agriculture constitue la principale activité économique. Riz, manioc, arachides, bananes plantains, patates douces sont cultivés principalement pour l’autoconsommation. La pêche artisanale, notamment dans les zones marécageuses, offre aussi des ressources en poissons et crevettes.

Le petit élevage (volailles, chèvres, quelques bovins) complète les revenus, tandis que le commerce transfrontalier avec la Sierra Leone dynamise légèrement l’économie locale, malgré la prédominance d’activités informelles : coupe de bois, fabrication de charbon, vannerie, etc.

Défis criants et initiatives locales

Le développement de Benty reste freiné par un isolement accentué en saison pluvieuse, un manque criant d’infrastructures (écoles, centres de santé, routes, stockage agricole) et une vulnérabilité sanitaire notable.

Sur le plan éducatif, seules quelques écoles primaires fonctionnent dans les districts, souvent avec peu d’enseignants et des bâtiments vétustes. La localité ne dispose que de deux collèges et aucun lycée, forçant les élèves à poursuivre leurs études à Forécariah-centre ou à Conakry. Le taux de scolarisation y est faible, particulièrement chez les filles.

Face à ces défis, plusieurs projets communautaires ont vu le jour, portés par les autorités locales, les ONG et le gouvernement guinéen. Des initiatives touchant à l’environnement, l’éducation, la culture et l’économie locale sont en cours, notamment sous l’impulsion du CNRD.

Une biodiversité fragile à préserver

La protection de l’environnement est au cœur des préoccupations locales. En collaboration avec l’ONG African Aquatic Conservation et le Réseau guinéen des zones humides, des campagnes de sensibilisation à la préservation du lamantin – une espèce menacée vivant dans les mangroves – sont menées à Benty. L’ONG AGEDD œuvre quant à elle au reboisement et à la préservation des forêts.

Un patrimoine historique en voie de réhabilitation

Benty abrite également un site patrimonial majeur : l’ancien port négrier, témoin silencieux de la traite transatlantique. Visité récemment par le ministre de la Culture, sa réhabilitation est à l’étude pour en faire un lieu de mémoire et un pôle d’attraction touristique. Le port bananier de Benty, autrefois l’un des plus actifs du pays, fait aussi partie de ce potentiel à réexplorer.

Des investissements timides mais prometteurs

Grâce à l’appui de l’ANAFIC (Agence nationale de financement des collectivités), la sous-préfecture a bénéficié de quelques infrastructures de base : une mairie, une maison des jeunes, un centre de santé rénové. Des réalisations qui, bien que modestes, redonnent espoir aux populations.

Benty, entre mémoire, nature et résilience

Benty reste aujourd’hui un territoire méconnu mais porteur d’opportunités. Sa richesse naturelle, son histoire marquée et la résilience de ses habitants constituent des atouts majeurs à valoriser dans une dynamique de développement durable. À condition que les efforts en matière d’infrastructures, d’éducation et d’environnement soient poursuivis et amplifiés.