Mourana Soumah, l’architecte discret des réformes économiques et financières de la Guinée
Depuis sa nomination le 13 mars 2024 au poste de ministre de l’Économie et des Finances, Mourana Soumah s’impose comme l’un des technocrates les plus méthodiques du gouvernement guinéen. Son parcours, marqué par la rigueur et le sens du service public, incarne la volonté de modernisation et de transparence voulue par les autorités de transition.
Ancien Directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique (de décembre 2021 à mars 2024), Mourana Soumah a bâti sa réputation sur la maîtrise des finances publiques et la discipline budgétaire. Aujourd’hui, il pilote une série de réformes structurelles qui visent à renforcer la gouvernance économique et à poser les bases d’une souveraineté financière durable.
Rajeunir, féminiser et professionnaliser la fonction publique financière
Sous sa direction, le ministère a entrepris une rénovation profonde des capacités humaines et institutionnelles. Des dizaines de cadres — contrôleurs financiers, agents du Trésor, comptables publics ou gestionnaires de dette — ont bénéficié de formations continues.
Mourana Soumah a également misé sur la féminisation et le rajeunissement des effectifs, en revitalisant le Centre de formation en finances publiques et en y intégrant de nouvelles cohortes. Une politique de ressources humaines saluée comme un signal fort en faveur du renouvellement de l’administration financière.
Des réformes de gouvernance au cœur de l’action
Parmi ses principales réalisations, figure l’adoption du décret N°176, qui redéfinit le cadre légal de gestion des investissements publics — un instrument clé pour rationaliser les projets et renforcer la transparence.
Il a également conduit une revue annuelle des sociétés publiques, formé leurs administrateurs et encouragé une meilleure gouvernance des conseils d’administration.
Parallèlement, la migration vers le budget-programme, axé sur les résultats plutôt que sur les moyens, marque un tournant historique dans la gestion publique guinéenne.
Assainir les finances et mobiliser les ressources
Sous sa houlette, le ministère a apuré 126 milliards de GNF de dettes intérieures, un signal fort de crédibilité vis-à-vis des entreprises locales.
La mobilisation des recettes non fiscales a aussi connu un essor notable : à fin juin 2024, 667 milliards de GNF ont été identifiés, budgétisés et encaissés.
De plus, le taux d’absorption des financements externes pour les projets de développement a progressé d’environ 20 % à 30 %, traduisant une meilleure efficacité dans l’exécution budgétaire.
Partenariats et projets structurants
Sous la conduite de Mourana Soumah, la Guinée a renforcé ses partenariats internationaux. Parmi les projets majeurs, on note la signature d’un accord de 60 millions USD avec la Banque mondiale dans le cadre du “West Africa Digital Integration Program”, ainsi qu’un projet d’eau potable et d’assainissement rural pour les régions de Moyenne et Haute Guinée.
Le ministre pilote également les études économiques et financières liées au méga projet minier de Simandou, dont il estime le démarrage possible dès début 2026.
Digitalisation et souveraineté économique
Convaincu que la modernisation passe par la technologie, il a fait de la digitalisation des services du Trésor et de la Comptabilité publique un chantier prioritaire. La Guinée a même accueilli le 15ᵉ colloque international de l’Association Internationale des Services du Trésor (AIST), signe de son ouverture sur les standards internationaux.
Dans ses interventions publiques, Mourana Soumah met l’accent sur la souveraineté économique, la diversification, et la transformation structurelle de l’économie guinéenne. Pour lui, « la bonne gouvernance financière est la clé d’une indépendance réelle et durable ».
Des défis à relever
Malgré ces avancées, plusieurs défis demeurent :
Le taux d’absorption des financements extérieurs reste perfectible.
La mise en œuvre du budget-programme nécessite encore des ajustements juridiques et institutionnels.
Enfin, les gains de gouvernance et de transparence doivent davantage se traduire par des impacts concrets sur la vie des citoyens.
Un technocrate au service de la réforme
Sans tapage, Mourana Soumah trace son sillon : celui d’un gestionnaire rigoureux, soucieux de crédibilité financière et d’efficacité institutionnelle. Dans une Guinée en quête de stabilité économique et de visibilité internationale, son action incarne la lente mais réelle transformation d’un État qui veut désormais gérer ses ressources avec méthode et responsabilité.
