Guinée : « La dissolution de quarante partis politiques était prévisible et constitue un acte courageux, même si la décision arrive tard »

C’est en ces termes qu’un sage a commenté la décision du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation mettant fin aux activités politiques du RPG, de l’UFDG et de l’UFR, jadis considérés comme les trois plus grands partis politiques du pays, ainsi que de trente-sept autres formations.
Selon l’arrêté du ministre, lu tard dans la nuit du vendredi 6 mars 2026 à la télévision nationale, ces partis sont dissous pour « manquement à leurs obligations ».
Interrogé ce samedi 7 mars 2026, Abdou Soumah se dit satisfait de la décision et exhorte les autorités de la Cinquième République à analyser la situation avec lucidité afin d’éviter de simplement déplacer le problème.
« On pouvait éviter cette situation dès l’instauration de la démocratie en Guinée dans les années 1990. Je ne suis pas allé à l’école, mais je me suis toujours intéressé à la politique. Un jour, j’ai entendu le général Lansana Conté dire aux Guinéens de se retrouver autour de deux grands partis politiques, à l’image des États-Unis d’Amérique. Malheureusement, des personnes considérées comme des intellectuels avaient critiqué cette idée, estimant qu’elle venait d’un homme qui ne connaissait que les armes et non la politique », explique-t-il.
Poursuivant son analyse, notre interlocuteur estime que les leaders politiques de l’époque ont plutôt contribué à régionaliser la vie politique.
« Ces leaders politiques, notamment Bah Mamadou, Siradjo Diallo, sont allés en Moyenne-Guinée. Alpha Condé, quant à lui, est parti en Haute-Guinée, et Jean-Marie Doré en Guinée forestière. Chacun a créé des partis à base ethnique ou régionale au lieu de véritables partis nationaux », soutient-il.
Marie Boudou Soumah, comme on l’appelle communément, poursuit sa réflexion :
« Regardez, depuis ces années, nous sommes entrés dans un cycle de violences généralisées. À l’approche de chaque élection, les grandes villes se vidaient au profit des villages. »
Il estime toutefois que la situation a changé ces dernières années.
« Avec le général Mamadi Doumbouya, nous n’avons pas connu de violences avant, pendant et après les élections en Guinée depuis près de 30 ans. C’est vraiment une prouesse qu’il faut saluer », affirme-t-il.
Enfin, il invite les autorités actuelles à tirer les leçons du passé et à éviter de remplacer, selon lui, « une anarchie par une autre ».
« Je sais que la nouvelle génération n’est pas encore préparée à ce changement. Il faudrait que Mamadi Doumbouya réorganise la vie politique guinéenne afin que l’on parle désormais davantage de développement que de politique au quotidien », conclut-il.
FÔFÔ Camara