Conflit foncier à Gouéké : la jeunesse accuse le président de la délégation communale d’alimenter les tensions communautaires
Un vieux conflit domanial a refait surface à Gouéké, sous-préfecture située à 40 kilomètres de Nzérékoré. Le 27 mai dernier, de nouveaux affrontements ont causé d’importants dégâts matériels, ravivant des tensions entre communautés. Au cœur de la discorde : un terrain de 52 hectares revendiqué par la famille Sacko et la commune rurale.
Alors que la localité est historiquement marquée par la cohabitation entre chrétiens et musulmans, des voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer une tentative de politisation et d’ethnicisation du conflit. Parmi elles, celle d’Emmanuel Lamah, directeur sous-préfectoral de la jeunesse, qui pointe un doigt accusateur vers l’actuel président de la délégation communale.
« Nous ne pouvons pas rester les bras croisés pendant que notre sous-préfecture s’effondre. Nos deux communautés vivent ensemble depuis des générations. Ce n’est pas une histoire de terre qui va tout briser », alerte Emmanuel Lamah.
Selon ses propos, le président de la délégation communale aurait tenu des discours incendiaires auprès de jeunes de Nyonda, localité voisine également concernée par ce litige foncier. Des témoignages rapportent qu’il utiliserait un langage de division, mettant en péril la fragile cohésion sociale dans cette partie de la Guinée forestière.
« Il utilise des propos qui attisent les tensions. Nous avons écrit au préfet de Nzérékoré pour demander son départ. À ce rythme, il risque de déclencher un conflit à l’échelle régionale », prévient Lamah.
Une affaire ancienne aux racines floues
L’affaire remonte à plusieurs décennies. Des sources locales indiquent que la terre aurait été attribuée à la famille Sacko par les coutumiers de Nyonda, à travers un chef influent nommé Dan, ancien dirigeant de Gbèkè (aujourd’hui Gouéké). C’est sous le régime du CRD qu’une société agricole aurait sollicité l’exploitation de ce domaine à des fins de formation pratique. Une attribution contestée, d’autant plus que le site choisi imposait l’abattage d’arbres, en contradiction avec la mission écologique de ladite société.
Saïdou Sacko, actuel prétendant au titre de propriétaire, affirme que son père – marié à une femme kpèlè – a hérité légalement du terrain. Il brandit d’ailleurs un arrêt du tribunal de première instance de Nzérékoré qui reconnaît ses droits de propriété.
Silence de la délégation communale
Interrogé à son domicile, le président de la délégation communale de Gouéké a refusé de commenter les accusations portées contre lui. Son silence contraste avec la tension palpable sur le terrain, où les populations réclament plus de responsabilité de la part des autorités locales.
Alors que la jeunesse locale appelle à l’apaisement et à l’unité, les regards sont désormais tournés vers les autorités préfectorales. Leur capacité à désamorcer cette crise pourrait bien déterminer la stabilité de toute la région forestière.
Fôfô CAMARA

