À New York, la Guinée veut faire de la résilience climatique une règle de l’aménagement urbain

Face à l’aggravation des risques climatiques qui frappent les villes, la Guinée veut changer de méthode. À New York, en marge de la Semaine du Climat, le ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire, Mohamed Lamine Sy Savane, a plaidé pour que la résilience climatique soit désormais intégrée au cœur des politiques urbaines, du logement, du foncier et des investissements publics.

Intervenant lors d’un événement spécial de haut niveau consacré au Programme de renforcement de la résilience climatique des populations urbaines défavorisées (BCRUP), le ministre guinéen a défendu une approche qui place les populations les plus vulnérables au centre des politiques d’adaptation.

Portée notamment par le Kenya, qui assure le leadership de l’initiative en Afrique et au niveau international, cette démarche vise à renforcer la capacité des ménages urbains pauvres à faire face aux inondations, aux tempêtes et aux autres chocs liés au climat.

Pour Conakry, l’enjeu dépasse toutefois largement la seule question environnementale. Il touche directement à l’urbanisation, au logement, au foncier, aux infrastructures, à la gouvernance et à la justice sociale.

« Gouverner, c’est refuser que la pauvreté condamne les uns à subir les périls dont les autres ont les moyens de se protéger », a déclaré Mohamed Lamine Sy Savane.

Derrière cette formule, le ministre défend une réorientation des politiques d’aménagement. Pour la Guinée, il ne suffit plus de répondre aux catastrophes une fois qu’elles surviennent. Il faut désormais intégrer les risques climatiques dès la conception des territoires.

Le défi est double : réduire la vulnérabilité des quartiers déjà exposés et empêcher que les nouvelles zones urbaines ne reproduisent les mêmes fragilités.

Cette exigence concerne notamment les choix fonciers, la conception des infrastructures et la planification des nouveaux espaces d’urbanisation. Car les décisions prises aujourd’hui pourraient déterminer pendant plusieurs décennies le niveau d’exposition des populations aux risques climatiques.

Cette question prend une importance particulière dans le contexte de Simandou 2040, marqué par d’importantes perspectives de transformation économique et territoriale. Pour le ministre, les investissements structurants doivent donc être accompagnés d’une planification urbaine capable d’anticiper les mutations démographiques, économiques et territoriales.

L’objectif affiché est de faire en sorte que la création de richesse ne se limite pas à la construction d’infrastructures, mais contribue également à un développement territorial inclusif, équilibré et résilient, en cohérence avec la vision portée par le président de la République, Mamadi Doumbouya.

À New York, Mohamed Lamine Sy Savane a également salué le leadership du Kenya dans le cadre du BCRUP. La Guinée a confirmé son engagement à travers sa lettre de non-objection au projet régional de préparation destiné au Fonds vert pour le climat.

Conakry souhaite désormais inscrire cette coopération dans une approche directement alignée sur ses priorités nationales, avec une implication conjointe de l’État et des collectivités territoriales.

Le ministre a défendu une véritable chaîne d’intervention : identifier les risques, planifier, concevoir les projets, mobiliser les financements, mettre en œuvre et assurer la maintenance des investissements.

L’ingénierie de projet, le transfert de technologies et le renforcement des capacités locales devraient, selon lui, occuper une place centrale dans les mécanismes de financement de l’adaptation.

La question financière demeure toutefois déterminante. La Guinée souhaite mobiliser différents instruments pour soutenir les investissements de résilience, notamment les subventions, les financements concessionnels, les garanties et les mécanismes de financement mixte.

L’enjeu est également de préserver l’accessibilité des services essentiels pour les ménages à revenus modestes.

Dans cette perspective, Conakry propose que le BCRUP puisse s’appuyer sur des portefeuilles nationaux d’investissement accompagnés de calendriers de financement, de responsabilités institutionnelles clairement définies et d’indicateurs communs permettant de mesurer concrètement la réduction de la vulnérabilité.

À New York, le message guinéen est ainsi clairement affiché : la résilience ne doit plus être pensée comme une réponse aux catastrophes, mais comme une exigence intégrée à la construction des territoires.

Pour Mohamed Lamine Sy Savane, elle doit devenir « un principe d’aménagement, une discipline d’investissement et une obligation de résultat ».

Une ambition qui entend placer la prévention des risques climatiques au cœur des futurs choix d’aménagement urbain et territorial de la Guinée.