FEGUIBOXE : une crise profonde fragilise la boxe guinéenne et interpelle le ministère des Sports
La crise qui secoue la Fédération guinéenne de boxe (FEGUIBOXE) connaît un nouveau tournant après la suspension provisoire, pour trois mois, du président Alpha Amadou Baldé par l’instance continentale African Boxing. Face à cette situation, plusieurs membres du bureau exécutif de la fédération ont animé un point de presse, ce samedi 15 mai 2026, au stade du 28-Septembre de Conakry, afin de dénoncer ce qu’ils qualifient de « gestion solitaire et opaque » de l’institution.
Devant les médias, le chargé de communication de la fédération, Naby Laye Moussa Soumah, est longuement revenu sur les tensions internes qui paralysent aujourd’hui la boxe guinéenne. Selon lui, la crise trouve son origine dans un fonctionnement jugé « monopolistique » du président de la fédération.
« Le président empêchait plusieurs membres du bureau de fonctionner normalement, notamment le trésorier et le chargé de communication. Toutes les décisions étaient centralisées autour de lui », a-t-il dénoncé.
Selon les intervenants, les différends se sont aggravés après le congrès de 2022, période durant laquelle plusieurs plaintes auraient été enregistrées concernant la gouvernance de la fédération, le non-respect des textes ainsi que les difficultés rencontrées par les athlètes.
Les responsables présents au point de presse dénoncent également la désignation controversée d’Ousmane Niang comme secrétaire général de la fédération. Une nomination qu’ils considèrent comme une violation des procédures statutaires.
Pour eux, le fait qu’Ousmane Niang soit également cadre au ministère des Sports crée un véritable conflit d’intérêts dans un dossier où l’État est censé jouer un rôle d’arbitre impartial.
« Comment la Direction nationale des Sports peut-elle trancher ce conflit quand l’un de leurs collègues est directement impliqué dans la gestion de la fédération ? », s’est interrogé Naby Laye Moussa Soumah.

Malgré les tensions, les membres du bureau affirment avoir accepté de respecter la position du ministre des Sports, Bogola Haba, qui continue de reconnaître le bureau issu du congrès de janvier 2022 dirigé par Alpha Amadou Baldé. Ils disent toutefois attendre la fin du mandat actuel pour l’organisation de nouvelles élections capables de sortir définitivement la fédération de cette impasse.
Au-delà des querelles administratives, plusieurs acteurs du monde de la boxe regrettent surtout les conséquences sportives de cette crise qui dure depuis plusieurs années. Le directeur technique et membre statutaire, Amadou Tantan, estime que les véritables victimes restent les boxeurs et les clubs.
Selon lui, la priorité aurait dû être accordée à la formation des entraîneurs, à l’équipement des clubs, à l’amélioration des salles d’entraînement ainsi qu’à la préparation des athlètes pour les compétitions internationales. Mais ces ambitions auraient été reléguées au second plan à cause des conflits internes.
« La Guinée devait travailler à former une nouvelle génération de boxeurs capables de représenter dignement le pays sur la scène internationale. Malheureusement, tout cela a été bloqué par les crises et les batailles judiciaires », a-t-il regretté.
Aujourd’hui, pendant que les dirigeants se divisent, la boxe guinéenne peine à retrouver sa stabilité. Entre accusations de mauvaise gouvernance, tensions internes et soupçons de conflit d’intérêts, la FEGUIBOXE traverse sans doute l’une des périodes les plus délicates de son histoire.
Reste désormais à savoir si le ministère des Sports parviendra à jouer pleinement son rôle afin d’éviter que cette crise ne porte un coup dur durable à l’avenir de la boxe guinéenne.
Soumaré Gueye
